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  • Delphine Lugol

La Renaissance Sauvage



Le dialogue* autour du livre Renaissance Sauvage, l'Art de l' Anthropocène m'a offert un grand bol de fraicheur et d'espoir. Pour l'auteur Guillaume Logé** toutes les conditions sont réunies pour que le XXIème siècle soit celui d'une nouvelle Renaissance: à nouveau, après les cloisonnements et hyper-expertisations du siècle dernier, on note comme aux XV et XVIèmes siècles en occident le grand retour de la transversalité. Voila de quoi se positionner face aux froides promesses technoscientifiques et transhumanistes! L'homme est en train de changer de sensibilité et de paradigme face aux urgences environnementales: la perspective symbiotique remplace celle de pouvoir sur la nature.

Le beau mot "sauvage" qui accompagne ce processus prend son sens à trois niveau:

- cosmologique (au sens de "logique cosmique"): nous avançons tragiquement dans la prise de conscience d'appartenir à un tout, non plus un système modélisable scientifiquement, mais un complexe énergétique, un grand mystère renouvelé qui nous oblige à abandonner notre sentiment de toute puissance et à collaborer au vivant,

- spirituel: une spiritualité du lien, de la différence comme relation, de l'interdépendance comme conscience du monde,

- biologique: l'homme doit enfin s'assumer pleinement en tant qu'animal tissé de vivant et tissé dans le vivant.


Dans le livre il est question entre autres:

de Daniel Arasse pour qui Leonard de Vinci avec son "sfumato" nous amène au-delà du dualisme homme/nature et matière/esprit,

de Joseph Beuys, artiste empreint de chamanisme, d'écologie et fondateur de la notion de sculpture sociale,

de Kenneth White poète que j'adore,

de Rudolf Steiner, père de la biodynamie et de son fameux cours aux agriculteurs de 1924,

de Baptiste Morisot, jeune philosophe passionné par le pistage animal, prônant une "une relation diplomatique avec le vivant",

de William Morris, préraphaëlite créateur de la notion d'Art Total, qui à la fin du XIXème siècle disait déjà: "Comment avons-nous ces dernières années traité la beauté de la terre?"

de Tomas Saraceno comme artiste engagé de l'anthropocène,

de Gilles Deleuze évoquant le Baroque, l'élan vital de ses jeux de plis qui permettent à l'homme de se penser et de penser le vivant comme tissage de macrocosme et de microcosme,

de la thermodynamique du monde qui se débarrasse de ses ruines,

de l'insuffisance du développement durable…


Pour Guillaume Logé nous touchons déjà du doigt cette mutation. La Renaissance, au début du Quattrocento, ne concernait que quelques personnes, mais a finalement transformé la civilisation occidentale. On sait que les changements sont rapides aujourd'hui. La Renaissance Sauvage propose un avenir à nouveau passionnant, et rend à l'homme sa joie de faire partie du cosmos.




*Emission L'Art est la matière sur France Culture.


** Guillaume Logé est docteur en esthétique, histoire et théorie des arts à Normale Sup, et en science de l'environnent à l'université de Lausanne.



 
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